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La Russie a du pétrole, mais manque d’essence : pourquoi 30 000 tonnes sont passées par Tanger
samedi 15 août 2026, par
Une cargaison de 30 000 tonnes d’essence a quitté Tanger pour rejoindre la Russie en pleine crise des carburants. Derrière cette opération inhabituelle se cache surtout un paradoxe : Moscou ne manque pas de pétrole, mais ses raffineries frappées par l’Ukraine ne parviennent plus à produire suffisamment d’essence. Et le passage par Tanger Med révèle un autre aspect, moins commenté, de cette nouvelle route énergétique.
À première vue, l’opération a de quoi surprendre. Pourquoi la Russie, l’un des grands producteurs et exportateurs mondiaux d’hydrocarbures, doit-elle faire venir de l’essence depuis Tanger ?
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À la mi-juillet 2026, un pétrolier battant pavillon panaméen a chargé environ 30 000 tonnes d’essence AI-92 au port de Tanger, avant de rejoindre Mourmansk, dans l’Arctique russe. Selon deux sources du secteur citées par Reuters le 31 juillet, le fournisseur de la cargaison était le groupe pétrolier russe Lukoil.
L’information semble raconter une Russie soudainement dépendante du Maroc pour son carburant. La réalité est plus subtile.
La Russie ne manque pas de pétrole, mais de raffineries disponibles
Le problème russe ne se situe pas au niveau de l’accès au pétrole brut. Il intervient plus loin dans la chaîne : au moment de le transformer en essence.
Depuis plusieurs mois, l’Ukraine multiplie les attaques de drones contre les raffineries, dépôts et autres infrastructures pétrolières russes. Ces frappes ont provoqué des arrêts de production importants.
Début juillet, la production russe d’essence était ainsi tombée à environ 65 % de la consommation estivale moyenne, selon Reuters. Dans certaines régions, les autorités ont dû restreindre les ventes de carburant. Moscou a parallèlement interdit certaines exportations afin de réserver davantage de volumes au marché intérieur.
Le paradoxe s’explique donc assez simplement : posséder du pétrole ne suffit pas lorsque les installations capables de le transformer sont perturbées.
Et la situation est suffisamment sérieuse pour contraindre Moscou à utiliser des circuits d’approvisionnement inhabituels.
La Russie a renforcé ses importations en provenance de Biélorussie et s’est rapprochée du Kazakhstan. Des cargaisons maritimes ont également été recherchées en Inde. Fin juin, Reuters qualifiait déjà l’importation de carburant de mesure inhabituelle pour l’un des grands exportateurs mondiaux de produits pétroliers.
Pourquoi Tanger apparaît sur cette nouvelle route de l’essence
C’est ici que le rôle de Tanger devient particulièrement intéressant.
Présenter l’opération comme une simple vente « d’essence marocaine à la Russie » serait aller trop vite.
Le Desk, qui s’est penché sur le trajet de cette cargaison, souligne que son origine marocaine n’est pas établie. Le média rapporte également que le ministère marocain de la Transition énergétique ne disposait pas de données correspondant à cette sortie de marchandise et rappelle que le Maroc ne possède actuellement plus de capacité de raffinage.
Autrement dit, ce qui est solidement établi est que les 30 000 tonnes ont été chargées à Tanger, pas qu’elles ont été produites au Maroc.
Cette nuance change complètement la lecture de l’affaire.
Car Tanger Med n’est pas seulement un port par lequel transitent des conteneurs. Le complexe possède un important terminal dédié aux hydrocarbures.
Selon les données officielles de Tanger Med, celui-ci s’étend sur 12 hectares, dispose d’une capacité de stockage de 532 000 m³ de produits raffinés répartis dans 19 réservoirs et peut traiter jusqu’à 15 millions de tonnes. En 2024, plus de 7,6 millions de tonnes d’hydrocarbures y ont été manutentionnées.
Ces infrastructures éclairent autrement le passage de la cargaison russe : Tanger peut servir de plateforme logistique pour des produits pétroliers sans que ceux-ci soient nécessairement d’origine marocaine.
Tanger, symptôme inattendu de la vulnérabilité énergétique russe
C’est finalement là que cette cargaison prend tout son sens.
Le fait remarquable n’est peut-être pas que « le Maroc vende de l’essence à la Russie », affirmation qui reste impossible à établir avec les éléments disponibles.
C’est qu’une puissance énergétique comme la Russie soit désormais obligée de multiplier les routes, les fournisseurs et les plateformes logistiques pour obtenir un produit qu’elle fabriquait auparavant massivement elle-même.
À la mi-juillet, le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak avait d’ailleurs confirmé que Moscou allait importer des produits pétroliers pour stabiliser son marché intérieur. Quelques semaines auparavant, des compagnies russes, dont Rosneft, Gazprom Neft et Lukoil, avaient également cherché des volumes supplémentaires auprès de raffineurs indiens.
La cargaison passée par Tanger ne représente donc pas un épisode isolé. Elle s’inscrit dans une réorganisation forcée de l’approvisionnement russe en carburants provoquée par les difficultés de son appareil de raffinage.
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Et c’est peut-être le principal enseignement de ces 30 000 tonnes : les attaques contre les raffineries ne privent pas la Russie de son pétrole, mais elles l’obligent désormais à chercher, à des milliers de kilomètres de ses champs pétroliers, l’essence que ce pétrole ne peut plus toujours devenir sur son propre territoire.
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